Les ados et leurs frères et soeurs
Un article paru dans L’Ecole des Parents à l’automne 2006 nous éclairent sur les relations que les adolescents entretiennent avec leurs frères et soeurs. Cet article a été écrit par Eric Widmer, professeur aux universités de Lausanne et Genève.
Selon lui, les relations entre frères et soeurs à l’adolescence se construisent dans un contexte plein d’ambiguïtés et de contradictions.
Aujourd’hui, la période d’adolescence est plus longue qu’auparavant… les enfants deviennent très vite des “pré-adolescents” et restent plus longtemps dans un statut de dépendance, tout au moins financière, vis-à-vis de leurs parents. Les formations professionnelles, de plus en plus longues, maintiennent les jeunes dans cette dépendance. Parallèlement, les jeunes aspirent de plus en plus vite à un besoin d’autonomie par rapport à leur famille. D’où des rapports entre frères et soeurs, que l’auteur appelle des “germanités”, qui privilégient à la fois la différenciation et le besoin d’affiliation. Les frères et soeurs sont des sources de soutien psychologique importantes; ils sont souvent des confidents de premier choix. Ceci est particulièrement valable pour les fratries de soeurs.
Parallèlement, la fratrie aide l’adolescent à se construire par un effet miroir, en s’opposant souvent à ses frères et soeurs. La violence fraternelle est encore souvent considérée comme “normale”. Mais au-delà de cette violence, de nombreuses études ont constaté les différences profondes qui pouvaient exister entre des individus de la même fratrie : domaines d’activité, domaines de compétence, convictions religieuses ou politiques… Même si les parents se défendent souvent d’avoir apporté les mêmes éléments à leurs enfants, ce n’est pas toujours le cas : des différences apparaissent, souvent inconsciemment de la part des parents, selon le rang de naissance et le sexe de l’enfant. Les rapports entre les enfants sont aussi différents selon qu’ils sont aînés ou cadets, filles ou garçons… des relations de pouvoir et d’influence se mettent alors en place. Les environnements partagés par les membres d’une même fratrie ne sont pas non plus forcément les mêmes : environnement amical, sportif, culturel…
Une enquête empirique, ayant porté sur environ 600 adolescents, a démontré que :
- 26% des frères et soeurs disent avoir les mêmes goûts, intérêts et conceptions du monde. Leur proximité affective est forte.
- 24% des fratries ont des rapports conflictuels et violents. Leurs frères et soeurs sont des ennemis, des étrangers, auxquels on ne se confie pas.
- 18% conjuguent besoin de différenciation et proximité. Ils savent qu’ils sont différents les uns des autres, mais ont des relations affectives entre eux.
Pour en savoir plus : Les relations fraternelles des adolescents, Ed.PUF, d’Eric Widmer
- 12% ont une faible implication dans leur relation de germanité.
Il y a donc 4 manières différentes pour les adolescents de vivre leur fratrie, et les connaître permet, une fois encore, de mieux comprendre cette tranche d’âge.
July 2nd, 2007 at 10:19 am
un article en anglais du même auteur sur le même sujet:
http://spr.sagepub.com/cgi/reprint/23/6/979