Les adolescents sont “multitâches”… oui mais…
Un article récemment paru dans le Washington Post traite de la capacité des adolescents à effectuer plusieurs tâches simultanément : “chatter” en messagerie, mettre des commentaires sur le blog d’un ami, tout en faisant leurs devoirs et en parlant au téléphone avec un copain. Les adolescents qui parviennent à ce genre d’exploits disent se sentir plus efficaces et moins stressés.
Mais les scientifiques ne sont pas sûrs des effets à long terme de ce type de comportement. Certains craignent que cela engendre une attitude de “butineur” qui pourrait avoir de lourdes conséquences sur la concentration des jeunes et sur le développement de leurs capacités analytiques. Ceci peut être particulièrement inquiétant pour les adolescents dont une partie du cerveau est encore en développement, explique Jordan Grafman, responsable du département de sciences neurologiques cognitives au National Institute of Neurological Disorders and Stroke.
Selon lui, introduire la gestion de plusieurs tâches simultanément peut être mauvais chez les jeunes enfants. L’un des plus gros problèmes du “Multitasking” est que cela rend impossible le développement de connaissances profondes sur aucun sujet que ce soit. Et si l’enfant s’habitue à ce niveau superficiel, il s’en satisfera rapidement.
Quelles que soient les conséquences de ce “multitasking”, elles vont être répandues car une étude récente de la Kaiser Family Foundation a établi que parmi les étudiants assis devant leur ordinateur, 65% faisaient autre chose en même temps qu’ils étudiaient. Les filles sont plus “multitâches” que les garçons.
L’actuelle génération d’adolescents est encline à faire plusieurs choses à la fois; car non seulement les gadgets actuels les y autorisent, mais en plus, ils pensent que c’est “cool” d’agir ainsi, beaucoup moins ennuyeux que ce que faisaient les générations précédentes… et surtout sans impact sur leur efficacité, explique David Meyer, directeur du Brain, Cognition and Action Laboratory à l’Université du Michigan. Mais Meyer a des doutes : les enfants qui grandissent dans ces conditions vont peut–être développer des capacités à agir efficacement dans des environnements où on leur demandera de faire plusieurs choses, mais cela ne veut pas dire qu’ils seront plus efficaces que s’ils faisaient une chose à la fois.
Une étude menée par Russell Poldrack à UCLA a prouvé que les zones du cerveau mobilisées n’étaient pas les mêmes quand une personne effectuait plusieurs tâches à la fois ou quand elle n’en exécutait qu’une. Le cerveau étant encore en développement au moment de l’adolescence, les zones utilisées lors d’une activité unique pourraient ne pas se développer correctement. D’où éventuellement des limites pour ces jeunes quand il s’agira d’étudier profondément un sujet.
Encore une fois, tout est donc question d’équilibre.